Interview de Stéphanie Lantz, enseignante des “P’tits Charliers” 

 Depuis septembre 2015, le Cours Charlier accueille une classe de maternelle regroupant moyenne et grande sections ; quelle a été la genèse de ce projet ?

 S.L. : L’ouverture d’une nouvelle classe est venue répondre à une forte demande de parents d’élèves qui nous faisaient déjà confiance. Dès la première année, nous avons pu accueillir avec attendrissement vingt tout jeunes élèves : c’est ainsi que sont nés les “P’tits Charliers”. Nous les appelons familièrement “Chérubins” (moyennes sections) et “Séraphins”(grandes sections).

 

Quelle mission vous êtes-vous donnée pour cette nouvelle classe ?

 S.L. : Notre ambition est de soutenir les parents dans leur mission d’éducation chrétienne. Pour grandir, l’enfant a besoin que sa vie soit cohérente : cohérence entre ce qu’il reçoit chaque jour au sein du foyer familial et ce qu’il vit dans sa journée d’école, cohérence entre ce qu’il est à 5 ans et ce qu’il est appelé à devenir, cohérence enfin entre sa vie naturelle et sa vie surnaturelle. En effet, le jeune enfant  aspire à être “unifié”. Son intelligence et son cœur sont indissociables.

 

Dans cette perspective, comment se déroule l’enseignement scolaire proprement dit ?

S.L. : En maternelle, le jeune enfant apprend progressivement à devenir écolier : il se soumet petit à petit  aux règles de vie collective, expérimente la première camaraderie, le sens de l’effort…

L’enfant a une très forte envie de “connaître” ; c’est pourquoi Dieu lui a donné très tôt une grande capacité d’émerveillement, de questionnement et une incroyable vitalité. C’est précisément sur cet émerveillement que nous accédons à son intelligence : apprendre à observer, à écouter, à faire un bel ouvrage…

La pédagogie en Maternelle se distingue de celle du Cours Elémentaire en ce qu’elle repose avant tout sur l’observation concrète et sur l’action. Il me semble qu’à cet âge, le jeune enfant tire plus de bénéfice à observer une poule et ses poussins se déplacer dans la cour de l’école qu’à regarder une vidéo, à expérimenter la croissance de la plante, non sur un schéma, mais en la plantant, en arrosant, en grattant la terre, en sentant… Notre prochaine sortie nous conduira chez un apiculteur afin d’observer son travail, goûter le miel et fabriquer une bougie…

De la même manière, la manipulation de perles, de coquillages, de légos, de dés, si elle est correctement guidée, permet d’initier l’enfant aux mathématiques : assez naturellement l’élève compare des quantités, distribue, additionne, forme des dizaines… Progressivement, nous passons à la représentation abstraite, puis codée de ces expériences…

 

Sans doute y a-t-il également, pour les élèves de Grande Section notamment, un cheminement vers la lecture et l’écriture…

 S.L. : Effectivement, un enjeu important de la petite école est de préparer l’apprentissage de la lecture et de l’écriture qui sera fait en CP. Grâce à la méthode Jean Qui Rit, fondée en 1954 par une institutrice, nos petits élèves apprennent à distinguer et situer les sons des mots, à lire et écrire les voyelles, puis quelques consonnes qu’ils combinent parfaitement en syllabes en fin de Grande Section. Le travail mené en Moyenne Section en motricité fine permet de développer la dextérité et la souplesse nécessaires à la bonne tenue du crayon, les exercices quotidiens de graphisme permettent d’automatiser certains tracés qui seront nécessaires pour un apprentissage confortable de l’écriture. En Grande Section, l’apprentissage de l’écriture débute ; il repose sur le chant qui accompagne le geste ; le chant est un support privilégié car il développe l’écoute, la mémoire et le vocabulaire, et favorise la cohésion de classe.

 

Si nous considérons que ces enseignements peuvent se retrouver dans d’autres maternelles, comment qualifieriez-vous le “plus” des P’tits Charliers ?

 S.L. : Je crois qu’il réside dans l’accueil de l’enfant avec le souci d’éduquer tout son être – corps et âme – afin de l’aider à grandir dans une certaine sécurité affective et sociale. On ne peut isoler la formation de l’intelligence – développement du langage, de l’observation, de la mémoire, de l’imagination, de la dextérité – de la formation du cœur – générosité, joie, pardon, service… Dès qu’il entre à l’école, le jeune enfant doit apprendre à associer bonté et sacrifice, silence et présence de Dieu, service et joie. Progressivement, au cours de l’année, il distingue le bien du mal,  il commence à pressentir qu’il n’y a pas d’amour sans obéissance… En définitive, la formation du cœur éveille l’intelligence et la formation de l’intelligence pacifie le cœur.

 

Dans ce soin particulier de l’éveil spirituel de l’enfant, quelle place donnez-vous à la vie de prière ?

 S.L. : La prière des petits enfants est la préférée du Christ, parce qu’elle est pure et généreuse. Notre pèlerinage à Pontmain et l’anniversaire des apparitions de Fatima nous rappellent que le Ciel est toujours prompt à exaucer la prière des enfants. Ne méprisons donc pas la vie intérieure des petits, car elle est un trésor dans le cœur du Christ qui “se laisse toucher”. Si courte soit elle, c’est un véritable culte fait à Dieu que la prière d’adoration de nos petits élèves à la chapelle de l’école.

Très naturellement, les P’tits Charliers apprennent  à consoler Jésus, se sentent enfants joyeux de Marie, amis des anges… Puisse notre prière être aussi vraie et notre vie si unifiée !

 

On imagine volontiers que la vie d’une institutrice de maternelle regorge d’anecdotes et de mots d’enfants savoureux ; nous en livreriez-vous quelques uns pour terminer notre entretien ?

S.L. : En effet, il me faudrait noter tout ce que je vois et tout ce que j’entends ! Je pense à celui-ci qui pourrait illustrer cette unité de vie, si naturelle chez le petit enfant : une dame interroge quelques P’tits Charliers : “Qu’est-ce que tu apprends de beau à l’école ?” “… à découper, à dire des poèmes, à jouer aux dominos, à faire pousser des plantes…” répond un enfant ; et l’un d’eux ajoute, avec une candeur toute charmante : “A l’école,  j’apprends aussi à aimer !”